Samedi 15 août 2009

Je n'ai malheureusement pu tenir mes engagements quant à remettre régulièrement ce blog à jour. Je vais cependant tacher d'y remédier dans les jours et les semaines à venir. Pour repartir sur de nouvelles bases, voici une version améliorée de mon « Introduction » à Okinawa mise en ligne voilà quelques mois.


Introduction : une préfecture pas comme les autres.

 

 

La préfecture d’Okinawa, bien qu’appartenant au Japon, se distingue singulièrement des 46 autres. Avant tout, sa position géographique la marginalise du centre qu’est Tôkyô et la soumet à différentes sphères d’influences. Naha, la capitale, se situe à 1550 km de Tôkyô, 820 de Shanghai, 630 de Taipei et 640 de Kyûshû. Sa situation, entre la Chine et le Japon, a joué une importance capitale dans l’élaboration de la culture des Ryûkyû et de l’identité okinawaïenne. Son histoire se détache de celle du Japon tout en ayant des liens plus ou moins forts avec elle selon les époques. Elle se différencie aussi par les langues qui y sont parlées. Généralement, on regroupe les parlés des Ryûkyû dans cinq catégories principales : l’Uchinaa Guchi à Okinawa-honto ; Shimayumusa à Amami (maintenant rattachée à la préfecture de Kagoshima) ; Myakufutsu à Miyako ; Yaimamuni à Yaeyama; Dunangmunui à Yonaguni. A noter que chacune de ces langues disposent de plusieurs variantes parfois propres à une région ou un village. Par exemple, la version la plus usitée de l’Uchinaa Guchi est de nos jours le dialecte de Shuri, du nom de l’ancienne capitale.

Ainsi, l’approche d’Okinawa-Honto et de l’archipel des Ryûkyû dont elle fait partie ne peut se faire de la même manière que celle du Japon. Elle représente à de nombreux égards un cas particulier. Sa différence fait autant sa richesse et son intérêt, que sa difficulté. Avant de rentrer davantage dans des considérations historiques je souhaiterais en guise d’introduction dresser un bref portrait de la situation actuelle d’Okinawa.

 

Les idées reçues et la mauvaise perception de l’île sont encore de nos jours très présentes. Ainsi, pour de nombreux japonais, « Okinawa » rime avant tout avec « vacances », « dépaysement » où le soleil, la mer transparente et les coraux permettent d’échapper aux soucis du quotidien. Ces touristes oublient la même occasion qu’il s’agit de la préfecture la pauvre du Japon, et ce depuis son intégration en 1879. Les salaires sont en moyennes deux fois plus bas qu’à Tôkyô. Son taux de chômage est aussi le plus élevé de l’archipel. De nombreux jeunes récemment diplômés sont contraints de se rendre dans les grandes villes japonaises pour trouver plus facilement du travail. Outre sa maigre agriculture, principalement la canne à sucre, elle tire la majorité de ses revenus des « trois K » Kichi (les bases), Kokyo-koji (des fonds du gouvernement japonais) et Kanko (le tourisme). Le tourisme, principalement japonais, y est très développé. C’est aussi une destination très prisée des voyages scolaires de fin d’étude. En 2001, près de 130 000 élèves sont venus séjourner à Okinawa.

La société okinawaïenne diffère elle aussi. Sa natalité est très largement supérieure à la moyenne nationale. C’est l’une des rares préfectures dont la population ne cesse de croître et il n’est pas rare de voir des familles de 3, 4 ou 5 enfants. La longévité des Okinawaïens, qui a fait la renommée de l’archipel des Ryûkyû dans le monde entier, est désormais un mythe, ou du moins elle appartient au passé. La préfecture d’Okinawa passe entre 1985 et 2005 de la première à la 26e place. Au fil du temps, principalement à cause des influences extérieures, le régime des Okinawaïens a changé. La jeune génération connaît des problèmes d’obésité et l’île compte désormais la plus grande concentration de fast-food du Japon.

En outre, le taux de mariages avec des étrangers y est le plus élevé. Différentes raisons expliquent ce phénomène. On constate tout d’abord la présence de diverses minorités étrangères : indienne, chinoise, coréenne, philippaine, etc. Entre 1899 et 1935, en raison des crises économiques, 15% de la population émigre sur le Hondo mais aussi dans le monde entier : Hawaii, Pérou, Bolivie. En 1945 environ 332 000 Okinawaïens vivent à l’étranger : cela fait presque autant que la population l’île qui compte 460 000 personnes avant la guerre. Un certain nombre de descendants de ces immigrés choisissent de retourner vivre sur la terre de leurs ancêtres. Enfin, le taux élevé de mariages avec des étrangers s’explique surtout par la présence des divers complexes militaires américains. Il s’agit de la plus importante base militaire hors du territoire des Etats-Unis. Alors qu’Okinawa ne représente que 0.6% de la superficie du Japon, elle regroupe 75% des installations militaires. Ces dernières occupent 20% du territoire de l’île principale. C’est l’un des derniers vestiges de la Guerre Froide (avec la séparation de la Corée).

 

- Publié dans : Okinawa
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